Petite anecdote à propos du tabac :

« Le tabac est une plante si usuelle que tout le monde la connaît et en prend, soit par le nez en poudre ou ra râpé, soit en feuille en les fumant ou les mâchant. la nature n’a jamais rien produit dont l’usage ce soit étendu si universellement et si rapidement, et cette plante est trop à la mode en France surtout à présent, pour qu’on ne nous pardonne pas la petite digression que nous allons faire pour apprendre l’histoire de sa découverte à ceux qui ne la savent pas .le tabac ne doit son mérite où sa vogue qu’aux Européens : ce n’ a été qu’une simple production sauvage d’un petit canton de l’Amérique jusque vers l’an 1560, que les Espagnols, et nommément Fernandez de Tolède, s’avisèrent d’en envoyer en Espagne et en Portugal. M. Nicot, ambassadeur de France dans la dernière de ces deux monarchies, fit mettre dans son jardin un essai de cette plante étrangère qu’un gentilhomme garde des chartes de Portugal lui avait donnée, elle y crut et se multiplia. Un page de l’ambassadeur en ayant par hasard appliqué le jus et le marc sur un ulcère malin qu’un de ses parents avait au nez, le tabac opéra si bien, que sous les yeux de l’ambassadeur, qui en fut averti, le noli me tangere (c’est le nom de l’ulcère) guérit parfaitement en dix jours. » (D’autre guérison suivirent celle-ci.) Tous ces essais, suivi de quelques autres, accréditèrent cette plante si vite et si bien, qu’on ne parlait plus que de l’herbe de l’ambassadeur. »

Pipes et tabacs, Constantin Parvulesco, éditions Herscher

champ de tabacDes vertus médicinales à aujourd’hui :

À l’origine, le tabac était perçu comme une plante médicinale et l’on pouvait le trouver chez son apothicaire et que l’on pouvait utiliser sous diverse forme : en le prisant, le fumant, le chiquant ou encore sous forme de cataplasme. On en garde encore la trace aujourd’hui puisque l’enseigne des tabacs symbolisée par une carotte rouge était alors celle des apothicaires.

Depuis, le tabac, malgré certaines vertus médicinales mises à jour par la science, il n’est plus considéré comme tel et au contraire, les instances de santé publique ont plutôt tendance à se battre contre son utilisation abusive. Il est depuis 1674 contrôlé et réglementé par un organisme que l’on retrouvera plus tard sous l’acronyme de SEITA.

Le fumeur de pipe et la société :

Au travers du temps, l’image du fumeur de pipe a bien évolué et ce, par périodes. Tout d’abord, il est notable que le fumage de la pipe n’était pas associé au tabac à ses débuts et donc, que le mythe du fumeur de pipe, au sens large du terme, est apparu bien plus tard. Distinguons donc :

La pipe qui a pu (ou peut) servir à des usages chamaniques dans certaines tribus, permettant par l’intermédiaire de la pipe en tant qu’artefact, de passer d’un âge infantile à un âge adulte.

L’utilisation de la pipe à l’époque de la restauration et du romantisme où les artistes, entre autre, refaisaient le monde en fumant une pipe. Elle constituait alors un bon équilibre entre la prise de tabac devenue alors désuète et le cigare encore clairement un objet de luxe que peu pouvait se permettre. De plus, si les artistes et les intellectuels aimaient fumer la pipe c’est également parce qu’elle était l’apanage des classes ouvrières et, vous l’aurez compris, une façon pour les hommes de culture de se rapprocher du peuple.

fumeur de pipePuis, ce fut au tour des nobles de s’emparer de la pipe au XIXème siècle, avec tout de même une volonté de se détacher du peuple puisque les pipes alors utilisées étaient fabriquées en écume de mer (dont le fumage est très agréable mais l’objet est assez fragile) et tenues par une main recouverte d’un gant blanc en coton.

Au XXème siècle, la pipe fait son apparition dans l’armée notamment par un modèle : la Dunhill dont l’image de marque de cette période colle avec l’officier britannique arborant fièrement sa pipe. Cette dernière jouit d’ailleurs alors d’une réputation d’un objet dans la panoplie du parfait séducteur. Puis quelques décennies plus tard, la pipe sera alors associée à l’image du penseur ou de l’écrivain/poête tels que Georges Brassens ou Sartre.

Enfin, depuis les années 90, le tabac en général est pourchassé par des compagnes allant à son encontre. Légitimement défendues pour des raisons de santé publique bien sûr, elles omettent tout de même le fait que le tabac et la pipe peuvent aussi être l’objet d’une consommation de plaisir espacée dans le temps et non addictive.